Paraguay, carnet de voyage – troisième partie

Des rencontres moins probables

05/11/2014: ile quelque part

La journée devait être simple, 30 km de rame et c’était bouclé, l’objectif étant de finir la journée sur une petite île occupée seulement par quelques habitants. Mais comme toujours, quand la pratique arrive, la théorie vole en éclat, et au lieu d’une journée tranquille, nous avons vécu notre première tempête. On a vu ce que c’était de pagayer au soleil toute la journée, cuisson double face grâce à la réverbération, et maintenant, nous allons voir ce que c’est de pagayer sous la pluie et de faire face au vent durant toute la journée.

Jusque là, notre plus grosse peur était que l’eau d’une averse s’infiltre dans nos sac de provision et nous fasse perdre notre nourriture, puis qu’éventuellement, en grande quantité, cela puisse déstabiliser le kayak. Au final, nos problèmes ne sont pas venus de la pluie mais du vent. Forcement, avec des kayaks, lorsqu’il est de front, il faut redoubler d’effort et en une journée au lieu de faire plus de 50 km, nous en faisons difficilement 30. L’autre des conséquence du vent, ce sont les vagues qui menacent à tout moment de renverser le kayak. En bref, une journée bien plus intense que d’habitude.

Lorsque les choses se compliquent, c’est généralement là qu’arrive les bonnes idées, ainsi que les mauvaises…

Fatigués, nous nous sommes laissés tenter par un raccourcis que nous avions vu sur la carte, téléchargée localement sur le téléphone de Ben. En passant par des bras secondaire, la largeur du fleuve se rétrécie et la force du courant augmente. En plus de parcourir moins de distance et nous gagnons en vitesse. Sauf qu’en 20 min, nous nous sommes retrouvés dans un cul de sac, cernés par des plantes nous bloquant l’accès au bras principal…   Et donc nous revoilà à ramer le même bras, en sens inverse, à contre-courant.

Lorsque les choses se  compliquent, c’est généralement là qu’arrive les bonnes idées, ainsi que les mauvaises (deuxième round)…

Fatigué de luter à contre-courant, j’improvise une voile afin d’outre-passer mes performances! Il semblerait qu’Ascension se rapproche de plus en plus!

C’est le soir que les choses sérieuses ont commencé, au moment de rejoindre notre destination finale. Afin de se protéger du vent, nous ramions rive droite du fleuve, sachant pertinemment qu’il nous faudrait changer de rive au dernier moment afin d’arriver sur le côté habité de l’île. La partie dangereuse, c’est cette traversée du fleuve. Au lieu d’affronter les vagues de face, elle nous expose sur le côté. Or, fort de ma longue semaine d’expérience en aviron il y a bientôt 15 ans, je connais le risque de renverser mon navire dans de telles conditions. Au final, malgré les grosses frayeurs, nous arrivons à destination.

Épuisés par la journée et pressés de se mettre à l’abris avant l’invasion de moustiques, nous engageons la conversation avec le premier habitant que nous croisons et lui demandons la permission de dormir dans son champ. Au fil de la conversation, notre déception est grandissante… L’agriculteur s’avère distant, voir froid. Sans émotion aucune, il nous questionne sur nos bagages, puis nous conseille, pour ne pas dire nous impose, d’aller plus loin sur l’île. Bien sûr, je ne peux pas lui reprocher de ne pas nous accueillir comme l’ensemble des personnes que nous avons rencontré sur le fleuve. Avec le temps je m’étais habitué à la chaleur du peuple de la rivière.La curiosité réciproque a cette magie de créer instantanément un lien entre deux hommes n’ayant absolument rien en commun. Après un jour aussi éprouvant, ce rejet prend naturellement une proportion plus importante.

Cependant, la ressemblance physique du fermier avec le « Francis Heaulme » du film « Dans la tête du tueur » ainsi que sa froideur m’incitent à penser que ce n’est peut être pas une si mauvaise chose. On décide de déguerpir.

prepa5Passées quelques minutes et de retour sur le kayak en direction de la pointe de l’île, « Francis Heaulme » nous dépasse en bateau à moteur, sans dire un mot, à peine un regard. Vraiment étrange.

C’est une fois arrivé au bout de l’île que nous apercevons deux maisons, un jardin bien entretenu, quelques chiens, un chat, et un couple nous attendant. C’est le moment de faire mon « mea culpa ». Ce couple, c’est le fermier dont nous venons de faire connaissance et sa femme. Il nous avait simplement indiqué sa maison afin de nous y accueillir… Je devine rapidement qu’il s’agit d’une chambre d’hôte. La maison n’a rien à voir avec les fermes et des cases de pêcheurs que nous avons rencontré jusque là. Le couple est brésilien ainsi que l’île qui est sur la frontière et qui accueille des pêcheurs brésilien.

Une fois le pied posé à terre, ils nous offrent la nuit dans leur chambre d’hôte, vide car la saison de pêche vient de se terminer, suivi d’un repas qui, après plusieurs jours à manger de la nourriture de camping toujours trop cuite, nous parait être un festin des rois! Je reconnais bien là les brésiliens, généreux et serviables, comme toujours! Ça m’apprendra à juger les gens par leur apparence…

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06/11/2014: Pôrto Murtinho

ça commence à devenir une habitude… Avant de partir, nos hôtes nous ont  offert plus de nourriture pour le trajet. Un peu de viande, ça ne se refuse pas! Surtout lorsqu’on passe son temps à manger des pâtes ou nouilles instantanées à la sauce tomate.

Côté kayak, rien de particulier à noter pendant la journée, si ce n’est que nous venons de franchir notre première grosse étape. Depuis Bahia Negra  jusqu’à Ascension, deux villes marquent l’avancement de notre périple, Porto Murtinho et Concepcion.

Juste avant de nous arrêter à Pôrto Murtinho, nous passons à  San Miguel, coté Paraguay, pour saluer une institutrice que nous avions rencontré lors de notre expédition en direction de Bahia Negra. Toute l’école vient voir nos kayak.

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Encore une fois, le seul mot me vient à l’esprit, c’est générosité. Après nous avoir invité à faire le tour de l’école, les enseignants nous offrent des portions individuelles de céréales et de lait. De quoi diversifier encore un peu plus notre alimentation. Mais ce qui m’a le plus touché, c’est qu’au moment de partir, un enfant vienne m’offrir sa propre portion de céréale.

Chaque jour est une leçon d’humilité. Je me sens avare, ces gens possèdent milles fois moins que moi et m’offre cent fois plus. Je n’ai pour eux que quelques hameçons et des morceaux de canne à pêche…

Tout au long de notre périple, les rencontres que nous avons fait ont été une source de motivation. Si les habitants ont choisi de nous aider, c’est avant tout pour la difficulté de notre challenge. Il faut nous imaginer débarquer dans un village, deux gringos perdus dans le Pantanal paraguayen, équipés de deux kayaks gonflables bas prix, de sacs remplies de nouilles instantanées et armés d’une vieille machette rouillée. Chaque nourriture offerte, chaque terere partagé, chaque encouragement donné, ce sont des dizaines de kilomètre de parcourus face au vent et la motivation retrouvée pour se lever à 5h et préparer une énième fois la tente et les kayaks.

Une fois l’arrêt terminé, il est temps de mettre cap sur Porto Murtinho, moins d’une heure d’effort nous en sépare. Une fois arrivé a destination, afin de rester à proximité des kayaks, nous décidons de planter la tente sur la pelouse municipale! On verra bien ce qu’il se passera… Puis, nous allons frapper à la porte de la maison la plus proche pour quémander de l’eau du robinet, luxe absolu lorsqu’on a pris l’habitude de boire l’eau jaunâtre du fleuve. La personne qui nous répond est un employé de maison,et comme d’habitude, c’est un festin de générosité! Premièrement, il nous passe de l’eau en provenance direct du congélateur! C’est une chance inespérée après une journée à cuire sur le kayak. Deuxièmement, il nous propose de nous ramener de la nourriture pour le dîner! « Muito bem » comme on dit en portugais! Troisièmement, on a droit à une leçon de pêche. Là on dit pas non… Il faut dire que depuis le départ, on a rien attrapé! Il est temps de corriger cet affront! Malheureusement, c’est encore une mauvaise expérience de pêche pour nous… Nous pensions pêcher, 30 min, une heure max, on en a eut pour 3 heures. Ce que nous n’avions pas anticipé, c’est qu’on pêcherai en plein heure de pointe des moustiques. Autant dire que l’expérience à vite tournée à la Bérézina. Seuls les moustiques ne sont pas revenus bredouilles, ou comme on dit chez nous, « brocouille »…

11/11/2014: Puerto Pinasco

Il y a trois jours, à Puerto Valle-mi, je me suis réveillé avec une piqûre d’insecte douloureuse sur l’avant bras droit, légèrement au dessus du coude. Pas de quoi s’inquiéter, cela ressemble à un souvenir supplémentaire de la part des moustiques, mais cette fois, au lieu de démanger, c’est assez douloureux.

Puis hier, la douleur n’étant pas parti, j’ai décidé de percer la piqûre afin d’extraire un éventuel pue. Je n’ai pu n’en retirer qu’une partie, cela semblait plutôt bien infecté. C’est le soir que les emmerdes ont commencé, j’ai commencé à avoir de la fièvre…

Aujourd’hui, mon état devient inquiétant. J’ai de la fièvre, mon avant-bras est complètement enflammé et la piqûre est plein de pue.

Nous décidons donc de faire une journée tranquille, sans pagayer, mais d’avancer tout de même. La ferme ou nous étions ne possédait évidemment pas de service médical…

La crème antibiotique que j’avais acheté au Brésil par erreur semble fonctionner. Je prends aussi des antidouleurs.

C’est donc un étrange mélange de sentiment qui s’opère en moi. D’un côté, en même temps que la fièvre monte, une angoisse grandi, celle de se retrouver avec infection sur mon kayak, loin de tout secours, sans connaissance aucune sur l’insecte qui m’a piqué. De l’autre, une sérénité et un émerveillement que je ressens depuis Bahia Negra, parcourant ces paysages si magnifiques, si paisibles. Certes, depuis Porto Murtinho, le côté sauvage et intact du fleuve s’est vu perturbé par la présence d’un léger trafic maritime. Certes, nous rencontrons de plus en plus de Fazenda. Mais ces bateaux nous paraissent inaccessibles tant ils sont si grand en comparaison de nos kayak, et ces fermes nous semble tellement éloignées, nous n’en voyons que les barrières.

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Cependant, dans les rares fermes qui nous sont accessibles, les gens continuent de nous accueillir et nous aider, et bien que nous aillons perdu l’un des aspects les plus recherchés dans ce voyage, se mesurer à un environnement sauvage, nous continuons de vivre une formidable expérience.

En fin d’après-midi, nous arrivons au village de Puerto Pinasco, juste avant une grosse tempête. Le ciel, couleur charbon, s’illumine d’éclair et nous offre un spectacle fascinant. Cela nous permet aussi de mesurer notre chance quant à la météo depuis le début de cette aventure. Il suffit d’avoir son brevet pour savoir que la foudre frappe le point le plus haut, et d’avoir pagayé une journée pour se rendre compte que le point le plus haut du fleuve, c’est nous.

A peine arrivé, nous apprenons que le village dispose d’un centre médical. Cependant, une fois arrivé à l’hostel, la tempête nous fait une démonstration de puissance, pluie diluvienne, éclair en continu, je décide de me reposer et remettre la consultation à demain.

12/11/2014: Puerto Pinasco

Ce matin, je suis allé en consultation. Mon bras est plus douloureux que jamais, toujours aussi enflé et j’ai constamment de la fièvre. On a beau critiquer le pays pour son manque d’organisation, ses problèmes de trafic de drogue et autre compliment du genre, le Paraguay dispose tout de même d’un service médical 100% gratuit, pour les résidents comme pour les étrangers. Je repars donc du centre médical sans payer, avec quelques antibiotiques en poche. Vers 12h, la fièvre est toujours présente et recommence à monter.

Au cours de la journée, on apprend tout de même une bonne nouvelle! Les distances que nous avions vu sur des panneaux, le long des rives, ces distances ne sont pas la distance jusqu’à Asunción mais la distance jusqu’au confluent entre Rio Paraguay et Rio Parana. Virtuellement, en un jour nous venons de gagner quelques centaines de kilomètre sur notre destination final :) Il nous reste « seulement » 450 km à parcourir.

13/11/2014: ???

La force d’un voyage, c’est l’inattendu. C’est la joie de vivre de nouvelles expériences, d’entendre de nouvelles langues, de découvrir de nouvelles cultures. Tout cela, ce voyage me l’a apporté à travers la pratique du kayak, l’apprentissage très limité du guarani, langue indigène du Paraguay, et les multiples rencontres avec indigènes. Mais ce que je n’avais pas anticipé, c’est de rencontrer des évangélistes… Après une journée difficile, 10 heures de rame, seulement 40 km de fait et une pagaie de cassée, nous mettons le pied dans un village inconnu.

La curiosité des enfants est comme souvent le meilleur moyen d’établir un premier contact!

P1060907On se fait un peu aider pour amener les kayaks au campement afin des les protéger un peu mieux.

Une fois le camp installé, on reçoit la visite du chef du village. Là, il faut bien l’avouer, on a compris que nous avions affaire à quelqu’un de plutôt spécial. Ces premiers mots sont pour les jésuites s’étant installés près d’ici, leurs reprochant d’avoir pris des terres indiennes appartenant au village et de ne pas tenir leurs promesses faites d’enseigner à la population. Comment ne pas partager son ressentiment et sa tristesse vis à vis de ces personnes et de la situation de son village? Puis changement radical, il commence à nous expliquer en larme son histoire paternelle. Abandonné par son père alcoolique parti en ville et élevé au village par sa mère. Il commence ensuite à nous énumérer les bienfaits de la religion et je commence à comprendre que l’enseignement dont il parlait était un enseignement purement religieux. Au fil de la conversation, il nous propose d’assister à la messe, dans son humble église composé de quatre morceaux de bois et d’un toit. Curiosité oblige, nous acceptons.

C’est la première fois que j’assiste à une cérémonie évangéliste. Contrairement aux offices catholiques  où le public se tait et écoute docilement la personne qui prend la parole, un office évangélique est plutôt bien animé… Tout le monde crie, pleur, crie encore, prie et la plus part de la messe se fait dans un vacarme incroyable. Pour quelques parties, les croyants n’interviennent pas. ça parle alors d’enfer, de prostitution, de drogue et d’autre truc du genre.

C’est exactement pour cela que je n’adhérerai jamais à une église, quelle qu’elle soit, quelle que soit la religion. Car l’un des moyens souvent utilisé pour convaincre une personne d’aimer un dieu, c’est souvent la peur. Je l’ai vu avec la religion catholique, avec la religion musulman plus récemment, et je le vois aujourd’hui avec ces évangélistes. Le discours a beau commencer comme toujours avec l’amour de dieu et l’amour pour dieu, on en arrive toujours au point où on doit croire à dieu et respecter les coutumes religieuses, sinon c’est direct en enfer…

Le chef du village finit le prêche en nous fixant droit dans les yeux et nous demande :

« si vous voulez accueillir dieu dans votre cœur, levez la main droite! »

Je regarde Ben, nos regards se croisent, et on comprend rapidement qu’aucun de nous ne veut faire le geste, mais on se voit mal lui dire qu’on croit pas à tout ça….

Au final, il nous pose une question:

« Vous avez compris la messe? »

Pour être honnête avec qui me lira, il faut savoir que le vocabulaire biblique est exactement le même en français, en anglais et en espagnol. Une messe est donc assez facile à comprendre pour quiconque à un peu de vocabulaire religieux. Mais pour nous sauver de l’embarras, après quelques secondes d’hésitation, Ben lance sobrement un:

« Non »

Le prêcheur n’insiste pas, la messe se finit donc simplement.

14/11/2014: ???

Ce matin, nous avons fait le meilleur achat depuis les kayaks, 2 litres de miel achetés au chef du village. L’idée du moment?

  • Mettre le miel dans un pot de nutella qu’il nous reste.
  • Tremper avec une fourchette les pancitos que nous achetons dans le pot de miel. Les pancitos (petit pain) sont une sorte de boule de pain rond et sec, entre le pain et la biscotte.

Cela nous ferra l’apport en sucre rapide qui nous faisait défaut jusqu’à présent, et surtout, quelque chose de bon a manger!

Voici un exemple d’utilisation, Ben à la manœuvre:

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Le départ est plus tranquille que d’habitude, on bouge vers 10h30.

Et moins d’une heure plus tard, on s’arrête dans une fazenda où l’on nous offre du poulet et nous renseigne sur quelques raccourcis.

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Cette fois, on se permet de mettre en doute la provenance d’une telle richesse. Je veux bien croire que l’agriculture rapporte, mais il reparte quand même en avion privée et se permettent un petit détour pour nous faire coucou en avion!

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18/11/2014: Porto Leda

Les problèmes ne viennent jamais seuls… L’eau jaunâtre du fleuve me rebute de plus en plus. L’une des conséquences est que je souffre de déshydrations, mes doigts sont jaunes. En ajoutant à cela le manque d’hygiène et les antibiotiques que je prends, on dirait le parfait cocktail pour ce qui va suivre, les problèmes de blougbloug. Je laisse le lecteur imaginer le comique de la situation, lorsque sur mon kayak, l’envie se fait pressante… Evidemment, je m’éloigne de moins en moins de la rive… En dehors de l’aspect comique, je ne peux plus trop ramer… Par faiblesse et car le mouvement me presse l’estomac accentuant l’envie de vomir.

Encore une fois, Ben rame pour nous deux.

Rien d’autre à noter si ce n’est une rencontre avec d’étranges animaux nageant dans la rivière a contre courant, bien plus rapides que nous dans le sens du courant. Il s’agirait vraisemblablement de capybara.

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Le soir, nous trouvons un genre de cabane ou dormir. La personne qui y dort est ici pour garder des terres utilisées une autre partie de l’année pour y faire brouter des vaches. Le couché de soleil vaut le détour encore une fois…

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19/11/2014: Puerto Antequera

Ce matin, je pars délesté des antibiotiques qu’il me restait, de la crème du Brésil et d’un spray antiseptique.

Notre hôte avait les pieds dans un sale état. Plaies ouvertes et infectées avec les mouches tournant autour, je me suis cru dans un reportage sur les problèmes sanitaires en camps de réfugié en Afrique. Il était seul, son isolement allait durer encore 2 mois. Je lui ai donc donné les médicaments qui m’avaient été donnés au centre de soin en plus de ce que j’avais déjà qui pouvait l’aider. Mon infection étant en très bonne voie de guérison, j’ai pensé qu’il en aurait plus besoin que moi…

En fin de matinée, nous avons vu venir une tempête. Derrière nous se dessinait des nuages sombres comme la nuit, déversant un mur d’eau et crachant leurs éclairs. Je pensais que la générosité des gens était une source suffisante de motivation, ce n’est rien en comparaison du merdier qui nous colle au cul…

Le coup de chance du jour, c’est qu’on était à 5 km en ligne droite du prochain village, Puerto Antequera! Finit les coups rame tranquille, je me transforme en locomotive pour avaler ces 5 derniers km en moins de 30 min. Les 2 derniers km sont effrayant, les éclairs pleuvent autour de nous…

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23/11/2014: ???

Je pensais avoir fait le tour des différents types d’habitants du fleuve Paraguay, j’avais tord… Nous avions rencontré des pêcheurs guaranis, des retraités japonais, des fermiers en tout genre et des hôtes brésiliens. Je crois sans hésitation que les « touristes » pêcheurs que nous avons rencontré la veille sont les clairement les personnes les plus inattendus que nous avons rencontrés.

Sur le bord, nous voyons un groupe de pêcheur qui nous interpelle. Ces pêcheurs, ce sont les touristes brésiliens ou paraguayen qui viennent pour quelques jours bières en main se livrer à ce sport passionnant dont je n’ai pas encore saisi tous les aspects. Nous partons donc à leur rencontre. Il faut s’imaginer un groupe de 5-6 personnes, en slip, bedonnant, terminant de vaincre une armée de canette de bière et s’attaquant au whisky. Juste pathétique… Mais à force d’insister, ils ont convaincu Ben de les suivre pour la soirée. Je ne suis pas trop chaud, mais je me laisse tenter à mon tour. Nous mettons les kayaks sur leurs bateaux et nous préparons à refaire quelques km en arrière dans leurs estancia.

Seulement au moment de partir, il y a un gros HIC. Lorsqu’ils s’habillent, l’un met un pistolet dans son pantalon, l’autre range la carabine. Merde, on est tombé sur des trafiquants…

A peine on arrive, je repère un deuxième gars qui se trimbale avec un flingue dans le jean… Puis, au fil de la soirée, je me rends compte qu’il y a aussi un avocat dans le tas. On dirait que le gang est au grand complet…

Au fil d’une discussion un gars me propose de me vendre une grosse quantité de cocaïne ainsi que de la marijuana. L’idée étant que je revende tout ça pour financer mon voyage… Avec ça je suis donc reparti pour 1 an au moins! Non je plaisante, pagayer avec v’là la quantité de drogue, c’est bof mon délire. Puis c’est pas bien!

Enfin, le clou de la soirée, les putes arrivent. Je pensais qu’ils avaient atteint leur limite en matière de pathétisme, mais je me suis trompé… La soirée vire donc au cliché…

Un peu avant d’aller se coucher, Ben me glisse un mot. Toute la soirée, un des gars répétait aux autres « tu crois qu’ils ont compris? tu crois qu’ils ont compris? ». J’ai peur. Je profite d’une discussion pour glisser à l’un d’eux « oui, j’envoie un mail à ma mère tous les soirs. » histoire de leur faire croire que quelqu’un sait ou on est. La vérité, c’est que s’ils décident qu’il y a deux gringos de trop à la soirée, on est dans la merde…

Au final, mis a part le moustique, personne n’aura fait couler le sang… On repart normal le ce matin, disant adieux à nos hôtes peu banals!

24/11/2014: Asuncion

Ascension. Nous voilà enfin retourné à la civilisation. Fini les moustiques, fini l’eau terreuse. Douche quotidienne, nourriture normale, voilà ce qu’il nous attend. Mais surtout, fini les indigènes,  au revoir le coucher soleil, adieu mon kayak. Mon voyage continu, pourtant l’aventure, elle, s’arrête ici. La folie, celle qui vous pousse à faire des gestes que vous ne comprenez pas, cette folie m’a fait faire 850 km de kayak. Elle m’a fait vivre des choses insensées, voir des paysages inconnus. J’ai approché la liberté, la vraie, celle qui dans votre solitude vous accompagne, vous pousse à vous surpasser, vous conforte dans vos choix. Bien sur, je ne l’ai pas fait seul, je ne l’aurai pas pu. Mais même s’il y avait Ben, que sont deux gringos face à la nature, seuls et perdus dans le Pantanal?

 

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  1. anne /

    c’est de la folie mon gars…………………une vraie ecole de la vie cette aventure.

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