Paraguay, carnet de voyage – deuxième partie

Rencontre avec le peuple de la rivière

30/10/2014 à Bahia Negra

Les préparatifs sont terminés.

Nous avons complété nos réserves de nourriture et acheté une machette! Déjà deux problèmes se posent à nous. Le premier, celui de l’argent. Nous n’avons que peu de liquide et nos cartes de crédit ne nous sont absolument d’aucune utilité. Pour décrire la ville de Bahia Negra, rien de plus facile. Il suffit de s’imaginer une rue de terre, d’un côté la rivière, de l’autre des maisons. Donc bien sûr, pas de distributeur de billet et pas de lecteur de carte de crédit. Le deuxième problème est moins gênant mais risque de perdurer, il s’agit des moustiques. Le soir, ce n’est pas une attaque, c’est une invasion! Après 18h30, on fait face à un mur de moustique.

Qui n’a jamais plongé la main dans la mer depuis un bateau et laissé l’eau courir à travers ses doigts? Bin là c’est pareil, sauf que la mer, c’est l’air et l’eau, les moustiques.

31/10/2014 à 14 de Mayo

C’est le jour J, départ en kayak!

Le proprio de l’hostel, un vieux monsieur ne ratant jamais une occasion de faire la discussion, nous offre un peu de tortilla pour le petit déjeuné. Puis, vers 10h, on transporte nos affaires de l’hostel à la rivière. Les kayaks en premier, les sacs ensuite. Cela devient un peu plus sérieux maintenant que tout est concret, que tous les éléments sont réunis… Jusque là, je m’étais contenté d’imaginer, et maintenant il faut se lancer. Il fait chaud, le vent souffle, les vagues balayent le fleuve et je me dis que le kayak ne sera jamais stable sur l’eau. Mais qu’importe, ce n’est pas maintenant qu’il faut penser à faire demi tour.

On place d’abord les bagages à l’avant. Je ressors aussi ce magnifique chapeau de paille qui aura survécu de son mieux au dernier trajet en camion. Il fait déjà plus de 30 degrés et pas un nuage n’est dans le ciel pour nous offrir un peu d’ombre. Puis, fort de ma longue expérience de kayakiste d’une demi-journée en Auvergne, j’éloigne mon embarcation de la rive, je saute sur le siège et c’est parti!!!

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La première journée est loin d’être à l’image de ce que j’avais en tête. A Valle-mi, je m’étais dit que le courant ferait tout le travail. Le fleuve étant large, aucune difficulté liée à mon niveau en kayak ne nous attend. Je n’avais pas anticipé deux facteurs, le vent et les kayaks gonflables. En ramant face au vent, nous avons vite compris que ce voyage ne serait pas de tout repos…

Après une demi journée de kayak, nous voilà arrivés à 14 de Mayo. Premier contact avec le peuple de la rivière. Il s’agit d’un village indigène qui compte environ une centaine de cabane en bois. Rapidement, on trouve la maison de la maîtresse d’école. Elle charge alors les enfants de nous faire faire le tour du village! Nous passons par l’école, visitons quelques maisons de bois et saluons bonjour à la doyenne du village!

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Au moment de partir, vers 14h, nous amenons les enfants aux kayaks afin de leur montrer l’équipement. Ils jouent un peu avec les gilets de sauvetage. La maîtresse vient alors vers nous et nous offre un pacu! Un pacu, c’est ça (google image):

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Je parle un peu avec Ben, on se dit que ça serait quelque peu impoli de partir avec le poisson. On décide alors de rester un peu plus longtemps afin de partager le repas avec eux. Nous demandons tout naturellement où pouvons nous le cuisiner, s’attendant à se faire indiquer une maison/une cuisine. La réponse était plus simple, là, ici et maintenant! Trois bouts de bois sont placés en guise de support de grille, un gamin va chercher une grille et les enfants cuisinent le poisson devant nous!

Les habitants sont accueillants, les enfants sont adorables et le pacu était excellent. Trois bonnes raisons pour rester pour cette nuit. Et pour faire passer le temps jusque là, on occupe notre après-midi avec le enfants du village! Au menu, parties de Volley Ball, baignade dans la rivière et dégustation de fruits bizarres…

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La journée se finit parce qui deviendra certainement notre quotidien, l’installation de la tente. Pour cette fois, ça sera dans le jardin de l’école. Première nuit le long du fleuve :).

01/11/2014: Porto Leda

L’idée du jour, c’est de rejoindre Porto Leda.

Plusieurs personnes nous ont parlés d’une communauté japonaise vivant là bas. Rencontrer des japonais sur le fleuve Paraguay, c’est le rêve de ma vie! Non, je déconne!, mais c’est assez insolite pour attiser ma curiosité. On part donc de 14 de Mayo, presque bonne heure, à 9h. Premiers animaux observés, on voit deux singes! Pour cette espèce, le male est toujours noir et la femelle marron. Celle là portait son petit!

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Au bout d’une journée bien rempli, toujours pas de Porto Leda à l’horizon… La fin de journée approche, on commence un peu à désespérer. Puis, on voit une estancia, ces fermes sur la rivière qui servent aussi de plaque tournante de la drogue entre le Paraguay et le Brésil. On débarque dans l’estancia, deux mecs se ramènent rapidement, descende de leur barque, s’adresse à nous. Directement, je remarque les deux gros revolver attachés à leurs ceintures. Deux vrais cowboy de l’Amérique du Sud. Après leur avoir demandé, ils nous ont assuré qu’il s’agit seulement d’arme pour se protéger contre les animaux, plus précisément contre les jaguar. De toute façon, le port d’arme est légal au Paraguay et rien n’est plus facile que d’en obtenir un avec un ami vendeur d’arme et un peu d’argent. Par contre je doute de l’intérêt d’un revolver contre un jaguar. Normalement, on s’équipe plutôt d’une carabine. Il s’agit donc certainement de se défendre contre autre chose et pour d’autres raisons… Après quelques paroles échangées, il s’avère que Porto Leda n’est qu’a quelques centaines de mètres de là, 2 km tout au plus! Nous voilà donc de retour sur les kayaks pour achever le trajet de la journée.

Arrivé à Porto Leda, on rencontre notre premier japonais! Il ne parait pas très accueillant, nous parle peu et s’en va rapidement nous laissant seul à la recherche d’un coin où dormir. Cependant, sur ses conseils, on s’oriente vers le poste de la marine pour demander où nous pouvons passer la nuit. Les militaires, sympathiques à souhait, nous invitent alors à dormir au poste! :)

Ensuite, au moment de sortir du poste pour rassembler nos affaires, on tombe directement sur le responsable de la communauté, qui s’avère en fait être une ONG. Il était venu nous chercher, probablement que la personne que nous avions croisé en arrivant était bien plus serviable que nous ne l’avions jugé de premier abord! ça m’apprendra à juger les gens trop rapidement… On est invité à venir manger ce soir, vers 18h!

Avant d’entrer dans l’ONG, on nous demande de retirer nos chaussures pour mettre des sandales, tradition japonaise oblige! Puis au cours du repas, on apprend donc que l’ONG a deux fonctions principales, faire de l’élevage de poisson et faire pousser des plantes.

Concernant l’élevage de poisson, j’ai trouvé cela d’une poésie incroyable. Le but final est de nourrir les populations indigènes de la rivière qui peuvent souffrir du manque de poisson dût à la surpêche et au trafic maritime. Mais plutôt que de donner directement le poisson d’élevage aux personnes concernées, ils les relâchent dans le fleuve et afin que les pêcheurs trouvent de quoi pêcher. Ainsi, les populations continuent de subvenir à leurs besoins par elles mêmes et n’ont pas de sentiment d’assistanat. Il fallait bien des japonais pour inventer ça ;).

Pour ce qui est des plantes, il s’agit de recherche afin de trouver des propriétés médicinales ou de sélectionner les plantes les plus adaptées à l’environnement.

Enfin, après le repas, on fait un tour du bâtiment. Il tranche nettement avec les édifices habituels d’Amérique du Sud et n’est pas sans rappeler un style japonais. Blanc, propre et grand. L’air y circule plutôt bien ce qui évite d’étouffer sous la chaleur habituelle d’un mois de novembre.

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Après la visite, nous sommes invité à 5h30 pour le petit déjeuné! Le réveil va piquer…

De retour au poste, changement d’ambiance! Nous prenons un bière avec les militaires devant un film d’action bien pourri, nous revoilà dans notre milieu naturel :). Puis, vient l’heure de se coucher, un repos bien mérité après cette première journée complète de kayak!

02/11/2014: ???

Au moment de partir de Porto Leda, après le petit déjeuné de l’association, nous recroisons le premier japonais rencontré. Il était venu nous saluer avant notre départ, prendre quelques photos du kayak et nous offrir un peu de nourriture! Vraiment adorable au final!

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Pour ce jour, on prévois de dormir dans un autre village indigène. Au bout de quelques heures de pagaye, je vois un truc sur le côté, je m’arrête. A ma droite, prêt de la rive quatre loutres sautent près des kayaks. Autant des loutres, je n’ai pas vraiment une peur bleu. C’est plus pour le kayak que j’ai peur, et donc aussi pour moi au final. Ben me fait remarquer qu’elles protègent certainement des petits. Quelques coups de rame plus loin, elles ne nous embêtaient déjà plus.

Plus tard, en fin de journée, alors que nous ne voyons toujours pas de village, on décide de s’approcher d’une estancia afin de demander quelques indications. L’une des deux personnes vivant dans l’estancia nous propose alors descendre prendre un Tereré.

Le Tereré, c’est un genre de thé froid très populaire au Paraguay. Dans un verre, on met de l’herbe de maté, on y glisse une paille métallique au fond du verre, puis on verse de l’eau froide dans le verre et on aspire par la paille qui filtre les herbes. Une fois le verre fini, on le retourne à la personne chargée du service qui le rempli de nouveau et le transmet au suivant. Attention de ne jamais dire « gracias » (merci), cela équivaut à dire qu’on ne souhaite pas reprendre de Tereré. Pour certain, c’est à éviter de dire à n’importe quel moment, pour d’autre c’est seulement à éviter de dire au moment de rendre le verre à la personne faisant le service.

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Hors, il y avait un petit problème. On arrivait à un point où il fallait accélérer un petit peu le rythme, par manque d’argent et de nourriture. J’explique donc au gars notre problème afin qu’il comprenne notre refus. Mais loin de l’accepter, il réitère son invitation et nous invite à manger! Après un repas copieux, cuisiné uniquement pour Ben et moi, il nous offre en prime deux kilos de viande séchée. Là, c’est un soulagement! Avec ça on pourra tenir jusqu’à Porto Murtiñho ou nous sommes sûr de pouvoir retirer de l’argent.

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Puis, au moment de partir, on entend un cri terrifiant, suivi d’un silence inhabituel. Plus un oiseau ne semble chanter, tout le monde s’est tut. L’un des gars nous annonce que c’est un jaguar, habitué des lieux, qui se trouve surement à moins de 200 m. C’est dans ces moments là qu’on se sent particulièrement vulnérable. Dans le kayak comme sur terre, je ne nous donne pas beaucoup de chance face à un jaguar. Au mieux, on le fera bien rire en faisant deux-trois moulinets avec la machette…

On repart pour le village indigène. Arrive alors cet instant de la journée qui m’est contradictoire. Vers 17h, les couleurs changent. On se crois alors au milieu d’un reportage Arte, isolé sur nos kayaks, tout devient calme, les animaux se taisent, le soleil devient doux et brille sur les remous du fleuve, on se sent en communion avec la nature. Mais c’est aussi le moment de se dire que ça risque bientôt de sentir le pâter si on ne trouve pas un coin où dormir. Cette partie étant assez sauvage, les plantes qui poussent le long des rives les rendent inaccessibles pour nos embarcations flottables. Nos deux meilleures options sont donc de trouver un village ou une estancia.
P1060769Finalement, nous arrivons au village vers 18h, accueillis par l’ensemble des habitants qui nous observent depuis la rive!
Encore une fois, c’est le directeur de l’école qui nous propose de dormir dans l’établissement. On décide de s’installer dans une des classes, tout en bois, épié par la mascotte des élèves, une perruche! Ensuite, les enfants nous aident à amener les affaires à l’école et se chargent de nous faire visiter le village. Dans ce village, tout est en bois, l’électricité y est comme absente, durant le jour au moins. On se sent dans un autre monde, qui aurait choisi d’aller moins vite, de prendre son temps.

03/11/2014: Porto Olimpo

La journée commence par un magnifique levé de soleil. De quoi mettre en forme pour le reste du jour!

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Pour autant, un léger problème vient d’apparaître. Pour faire court, nous pensons que mon kayak perd de l’air. Nous n’avons pas trouvé de trou, ni entendu de son évocateur. C’est juste que chaque matin, je retrouve l’une des deux chambre à air à plat, ce qui n’est pas du tout le cas du kayak de Ben. Pas spécialement rassurant tout ça…

L’objectif du moment, c’est Porto Olimpo! Un village qui parait être un peu plus grand que les précédents et sur lequel repose nos espoir de retirer de l’argent! D’après les habitants, 50 km nous séparent de Porto Olimpo. Avant de partir, une personne avec qui nous discutions la veille nous offre du pacu déjà cuit, à manger sur le kayak! Trois jours de kayak et déjà cinq personnes nous ont offert de la nourriture. On peut déjà observer la grande générosité des personnes qui vivent le long du fleuve.

La journée se passe sans événement majeur, excepté un élément à noter et pas des moindres! On a remarqué pas mal de pancartes avec des numéros d’indiqués. Et La distance parcourue entre deux pancartes semble correspondre à la différence entre les deux chiffres. On en a donc conclu deux choses. Le chiffre est une distance en kilomètre et indique la distance jusqu’à un certain point. La valeur est au dessus de mille, et notre crainte est que cela soit la distance jusqu’à Asunción…
A partir d’aujourd’hui, on part donc du principe qu’on devra faire 1400 km au total pour rejoindre Asuncion, à une vitesse de 50 km par jour. On planche sur environ un mois de kayak…

Après une longue journée de rame, on arrive au couché de soleil à Porto Olimpo..

Finalement, au lieu des 50 km annoncés en début de journée, on en a fait 60km. Comme souvent, les distances qui nous sont données sont approximatives. Les gens connaissent plus les durées à bateau à moteur, ce qui ne nous est pas d’une grande utilité…

Le soir, trois nouveaux problèmes font leur apparition:

  • j’ai le mal de terre. Rien de bien méchant, mais ça tangue dès que je pose le pied à terre.
  • j’ai une allergie à je ne sais quoi, plein de petit bouton rouge partout. Je serais content de ne pas faire ne put**** de réaction allergique au milieu de nul part.
  • j’ai des bon gros coups de soleil. Il n’y a pas d’ombre sur la rivière, et avec le reflet du soleil sur l’eau ça tape pas mal.
04/11/2014: ???

On a pas trouvé de distributeur. Pour la simple raison qu’il n’y en a pas. Donc toujours pas d’argent, ou presque. J’ai echangé quelques dollars avec le gérant de l’hotel où nous avons dormi. On est moins dans le rouge, mais c’est pas la grande richesse non plus.

La journée se passe sans rien de particulier. Nous arrivons dans le prochain village en fin d’après-midi. Pendant ce temps, un homme apprend à nager à son cheval!

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Puis, on fait une erreur du débutant, on s’installe sans l’avoir vu sous un lampadaire. Conséquence?!, de la lumière toute la nuit et des moustiques à foison…
Je rentre dans la tente un peu tard, suivi par un escadron d’insecte, ce qui me vaut une heure d’effort dans la tente à tous les tuer… Il ne doit en rester qu’un!, et ça sera moi!!!!!!

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  1. anne /

    vous etes tres courageux de partir avec ces kayaks haute technologie……..

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