Chapada Diamantina

La Perle de Bahia

Voyager dans un autre pays, c’est aussi et surtout s’ouvrir à une nouvelle culture, l’apprendre. Apprendre, c’est s’adapter, c’est confronter ses habitudes et ses préjugés afin de mieux les défaire. Et lorsqu’on échoue, c’est  se heurter à un mur. Aux mieux, il refusera de bouger, au pire, il vous écrasera.
A Chapada Diamantina, je me suis heurté à un mur.

D’abord, il faut exposer les faits:

Première étape, j’arrive à Lençois, ville d’où partent les excursions pour le parc national Chapada Diamantina, à la recherche d’une aventure. J’y rencontre un néerlandais, Olivier, discutant avec un guide de l’organisation d’un trek de six jours, au lieu des trois jours habituels. Le prix est attractif, le programme aussi. J’ai du temps, l’envie de prolonger l’expérience en pleine nature, je décide me joindre à lui. Fin des négociations vers 21h, nous prévoyons de faire dans l’ordre suivant deux jours de trek dans vallée du Capao, trois jours de trek pour voir la cachoeira da Fumaça et un jour de roadtrip pour profiter d’autres spots. Le départ est planifié pour le lendemain matin vers 8h30.

Ensuite, les surprises ont commencé…

Le matin même, le guide arrive avec une heure d’avance, avec dans ses bagages un couple de Néerlandais qui nous rejoint pour les trois premier jour. La taille du groupe vient donc de doubler. Puis, il décide de commencer par Fumaça au lieu de Capao. Là, je me dis que trois imprévus en 1h, ça fait un peu beaucoup… Mais bon, peu m’importe l’ordre, tant qu’on fait l’ensemble de ce qui est prévu, cela me convient.

Les premiers jours passent, le trek est absolument génial, le paysage est splendide, un esprit de groupe s’installe, une complicité avec le guide se développe, tout va au mieux! Seul point négatif à noter, ce guide, il va vite, très vite. Comment fait-on pour aller si vite, en tong, marchant sur des rochers glissant, alors que faire 200m en flip-flop me donne des ampoules? Je n’ai toujours pas la réponse. Quoi qu’il en soit, il marche régulièrement 100 m devant nous et ce n’est pas spécialement agréable d’avoir le sentiment de se faire toujours attendre par son propre guide.

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Le premier trek se termine comme prévu, c’est à dire sans victime. Une voiture attend le couple pour les ramener à Lençois, la suite est pour le lendemain, les emmerdes aussi…

Nous voilà donc arrivé au quatrième jour de l’excursion. Le matin, le guide nous annonce qu’il n’a pas trouver de voiture pour nous amener au départ du second trek. De là, deux solutions s’offre à nous:

  • ajouter 100 R$ (un peu plus de 30 euros) chacun pour négocier avec d’autres touristes qu’il nous amène au point de départ. De plus, ils  s’additionneront au groupe. Donc pour résumer, on paye pour avoir plus de monde.
  • partir sur le roadtrip normalement prévu le dernier jour, et potentiellement oublier le deuxième trek.

Comme offrir le trek aux autres randonneurs ne me disait pas trop, on partit sur l’option numéro deux. De plus, la première option me semblait plus incertaine, nous n’étions pas à l’abris d’autres disconvenus. Vu que le roadtrip ne dépendait pas du guide, il me semblait être plus « cadré« .
J’ai donc choisi d’écouter ce conseil de ma mère, qui me disait et dit encore:
« Un tiens vaut mieux que deux tu l’auras« . Un jour de sûr est mieux que deux jours de vraiment pas sûr.

De plus, pour le roadtrip, il nous faut un chauffeur. Cela tombe bien, on en a besoin pour la suite! Je me dis que peut être que nous pourrions négocier afin qu’il nous laisse dans le village d’ou commence le second trek.

Le roadtrip ne manque pas d’intérêt, mais cela reste beaucoup moins palpitant que la randonnée. Une tension s’est installée entre le guide et nous. Il semble que la confiance que nous lui accordions est partie avec le couple. Il est évident qu’il nous a menti concernant le déroulement des treks et du roadtrip, par tromperie ou mauvaise organisation.

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A la fin de la journée et après discussion avec le guide et le chauffeur, on arrive à la solution que j’avais anticipé, à savoir que le conducteur accepte de nous déposer au point de départ, moyennant finance bien entendu.

Arrivé à la pousada, on se fait sucrer un jour de trek. Le guide nous annonce que nous ne feront qu’un jour de marche au lieu de deux et que le retour se fera en bus au lieu de la voiture prévue. J’en suis arrivé à un point où les surprises ne me surprennent plus. Le seul changement dont je commence à rêver, c’est celui du guide. A cet instant, je donnerai cher pour avoir un programme clair et invariable.

Le réveil est « prévu » à 8h par le guide. Le lendemain, il est 6h30, le guide nous réveille…

Qu’il y ait quelques changements la journée, je veux bien, mais la nuit aussi, ça commence à faire trop pour moi. Ce qui n’était au début qu’une simple suspicion vient de devenir une écrasante évidence, le guide n’a pas de montre. Pratique pour s’organiser…

Arrivé dans la salle commune, le petit déj’ n’est pas prêt, nous ne partons pas avant 9h. S’en suit une journée de marche intense, et nous faisons plus ou moins en un jour ce qui été prévu pour deux.

Pour autant, la fin de journée n’est pas si mal. Première récompense, le soir on assiste à ce qui est probablement le meilleur couché de soleil que je n’ai jamais vu. La lumière se diffuse via la brume depuis le sommet des montagnes jusque dans les profondeurs des vallées. P1050944-001 Une fois le couché du soleil passé, deuxième récompense, on apprend qu’on rentre finalement en voiture…

Arrivés à Lençois, Olivier et moi pensons de même. On a fixé un prix pour 6 jours, on en fait 5, il est normal qu’on paye moins.

C’est là, ça se gatte complètement. Le guide nous fait une comédie d’enfer, digne d’une pièce de théâtre classique. Unité de temps, l’ensemble se déroule dans la soirée. Unité de lieu, tout à se passe à Lençois. Unité d’action, tout se concentre sur le désaccord entre le guide et nous.

Premier acte, nous sommes à l’hostel. On tente alors de lui expliquer de manière directe que nous refusons de payer le prix initial. Si on paye pour six bières et qu’on nous en sert cinq, alors on va payer pour six. C’est simple non? De plus, il a un clair penchant pour la boisson, ça devrait lui parler…

En réponse, on a droit à une démonstration d’expression sentimentale. De la surprise née l’incompréhension, de l’incompréhension vient la frustration. Cette frustration, elle donne le champ libre à la peine. Une fois la peine passée, il ne reste que de la colère. Tous ces sentiments, ils s’expriment à travers des gestes et des paroles. Les gestes, ce sont des larmes, des cigarettes qui s’enchaînent,  des bières qui se vident. Les paroles, se sont  des supplications, des reproches, des menaces.

Comme il semblait bien connaitre le patron de la pousada, on s’est dit qu’il fallait mieux aller ailleurs, le guide nous suit, le deuxième acte commence. Direction cette petite crêperie que j’avais repéré avant de partir! C’est l’heure de manger? Non, pas du tout. C’est juste que je connais le proprio, Némo, un français installé sur place. Je l’avais rencontré avant le trek, et vu qu’il était sympa, je me suis dit qu’il serait la bonne personne pour me conseiller une pousada « neutre ». Il me dirige alors vers l’auberge de jeunesse de son ami d’enfance, Thomas. La marche est un moment étrange. Que le guide nous suive, je comprends et j’approuve. Il est normal qu’on le paye, je ne compte pas partir sans une explication et un accord final. Mais il nous suit en silence.

Le troisième acte commence avec l’introduction d’un nouveau personnage, la réceptionniste Diliane. Au moment où nous arrivons, le guide est allé parler à des policiers qui passaient par là. La première phrase qu’elle entend lorsque nous arrivons est donc: « c’est possible que la police arrive, pas d’inquiétude, on a tué personne ». Le guide arrive a son tour, se calme un peu. Diliane commence à jouer le rôle d’intermédiaire. Après 30-40 min de discussion, on arrive à un accord. La soirée se termine par un « tchao tchao amigos » qui nous laisse complètement sur le cul.

Ce que je retiens de cette expérience:

Premièrement l’incompétence du guide. Il n’était clairement pas formé a ce métier. Ce que j’en ai appris, c’est que si le prix est bas, c’est qu’il y a une raison… Par ailleurs, c’est un bon exemple pour vous inciter à suivre le conseil suivant, ne jamais payer la totalité du prix avant la prestation du guide. La moitié avant, l’autre après. Cela permet d’avoir un levier en cas d’insatisfaction.

Secondement, l’organisation à la Brésilienne. Ce n’est pas la première fois que je le remarque et au moment où j’écris cet article, je peux faire la comparaison avec la Bolivie. Et je dois bien avouer que les tours touristiques au Brésil sont assez mal organisés, et cela sans rapport avec le prix. Par exemple, à Bonito, les activités sont plutôt chères. Leur déroulement n’est pas toujours un succès… Enfin, en Bolivie, l’organisation est plutôt bonne en comparaison du Brésil, et ce malgré un tourisme bien moins développé et moins rentable pour la population locale.

Pour finir, les différences culturelles. Ce qui m’a surtout marqué, ce sont les deux aspects suivants:

  • Le fait de ne pas dire non. Avant de partir au Brésil, j’ai fait un saut au salon du tourisme où j’y ai rencontré une voyageuse m’ayant fait part de cette même expérience. Il est préférable de dire un oui pas très affirmé qu’un non ou qu’un « je n’ai pas compris ». Il ne faut pas prendre cela pour une règle général, mais cela m’est arrivé plusieurs fois. Il est clair que pendant le trek, il y a eu incompréhension entre le guide et nous, cela étant dut à une maîtrise de l’anglais plutôt hasardeuse.
  • La notion d’amitié, ou plutôt d’amigo. Si je pouvais comparer à une autre culture que je connais un peu plus, ça serait la culture libanaise. Lorsque je vais au Liban, tout le monde est cousin. Lorsqu’on est au Brésil, tout le monde est amigo. Et bien sûr, c’est parfois purement de façade.
  • La notion de service. En Europe, le client est roi. Ici, c’est clairement pas le cas. Ce n’est pas un soucis de refuser de servir quelqu’un si le restaurant ferme bientôt. On offre un service, le client est redevable. Les rôles en sont parfois inversés et par conséquent, le prestataire peut être roi.

 

Quelques infos pour ceux que ça intéresse.

 

Pour se rendre à Lençois:

Le plus simple est définitivement de partir de Salvador. Il y a deux ou trois bus directs par jour. Dans mon cas, j’ai dû faire un peu plus complexe. Je partais de Boipeba, une île au sud de Salvador assez difficile d’accès. De là, il m’a fallu aller jusqu’à Valença, puis prendre un bus en début d’après midi jusqu’à Feira de Santana, dormir dans un hôtel de passe, et partir pour Chapada Diamantina le lendemain matin.

Pour quitter à Lençois:

Cela dépend de votre façon de voyager. Moi je suis plutôt bus, donc je suis retourné à Feira de Santana pour aller jusquà Natal. Arrivé à Feira de Santana, j’ai dû aller dans une gare routière secondaire à cause d’une « ré-organisation » de la liaison Feira-Natal. Le bus a eut 10h de retard… Sinon, si vous souhaitez prendre l’avion, il y a toujours la ligne direct pour Salvator.

Où dormir à Lençois:

Sans aucune hésitation, courez chez Thomas! Son hostel s’appelle « Albergue de Lençois », c’est assez familiale, les chambres sont spacieuses, bon marché et la cuisine bien équipée. Ne faites pas l’erreur que j’ai faite, à savoir découvrir la terrasse. J’y suis resté une semaine, à jouer et à lire…. Si vous venez en août, vous y rencontrerez peut être Thomas qui joue parfois le guide. Beaucoup moins cher que les agences et bien plus intéressant, vous ne regretterez pas le tour!

Où manger à Lençois:

Après deux mois et demi de nourriture Brésilienne, j’ai assez apprécié de pouvoir manger français! Allez donc faire un tour à la crêperie de Némo, les crêpes sont excellentes, les conseils aussi. De plus, il organise aussi des tours. N’hésitez pas à le contacter si besoin est, voici son email neymod@yahoo.fr.

Il reste 6 commentaires Aller aux commentaires

  1. Adrien (de ton arrivée à Rio) /

    haha, mais c’est aussi ces désagréments qui font le plaisir du voyage, tu ne vas dans un coin paumé pour avoir le meme confort qu’en France ! (et les pires expériences font les meilleures histoires, ca réconforte parfois…)
    J’ai aussi eu un guide un peu comme ca pour mon premier jour à Lencois: la plupart sont juste des locaux qui connaissent les chemins et qui vivotent en promenant les touristes, faut pas s’attendre à de ‘vraies’ prestations

    1. herrcha / Auteur du Post

      Et je suis complètement d’accord!
      La plus part du temps, les prestations sont moins chères et moins professionnelles, ce qui n’est pas un mal pour établir une relation sympathique avec le guide (ce qui s’est passé au début).
      Mais le guide étant une girouette complètement désorganisée, dès qu’on sortait du sentier et que cela demandait de l’organisation, on sentait que c’était pas son truc.
      Dans tout les cas, un souvenir impérissable :)

  2. les bavarois /

    l’aventure avec un grand A!
    tres beau recit, rempli de lecons pour la vie.
    j’espere que tu es toujoursaussi content de ton voyage
    bisous,
    Anne

  3. les bavarois /

    le coucher de soleil est plus que splendide!

  4. tonton touraille /

    j’avoue que j’aurais sûrement fait appel à mes amis corses pour régler ce problème du 6 ème jour :-)
    blague à part,ça doit être quand même bien flippant d’ avoir le type qui suit derrière sans dire un mot…
    surtout s’il est un peu alcolo sur les bords, voire imprévisible…

  5. vincent la P /

    j’ai pensé à ça en te lisant :
    « La peur est le chemin vers le côté obscur : la peur mène à la colère, la colère mène à la haine, la haine… mène à la souffrance. »
    Maître Yoda :)
    On revient du Népal avec Audrey, sans guide, presque sans soucis … Je pense que c’est à mettre sur ta liste de pays à visiter (avec le Tibet peut-être ?) on te racontera nos aventures aussi :)

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